Peu de temps après cette aventure, les Mongols envahirent le territoire de la Chine. Hoaï-Tsong, détrôné, se tua. Ce fut le dernier souverain de la dynastie des Mings.
On peut voir encore, dans le vieux cimetière de Nankin, les sépultures de Lon-Foo et de Li-Tso-Pé. Chacune des deux tombes est ombragée par un magnifique acacia. Elles sont assez éloignées l'une de l'autre, mais les deux arbres ont étendu leurs branches qui se sont rejointes et entrelacées.
[LE FRUIT DÉFENDU]
C'était à Canton. Une nouvelle année commençait la neuvième du règne de l'empereur Tao-Kouang. Une foule compacte et joyeuse cachait presque entièrement le sol de la rue des Marchands-de-Lanternes, qui est cependant la plus large de la ville.
Sous les rayons perpendiculaires du soleil, car on était à la douzième heure, les vives couleurs des calottes neuves, les miroitements des soies fraîches, les scintillements des bijoux grossiers, formaient comme les vagues d'un fleuve jonché de fleurs, entre les façades jaunes des maisons, décorées de banderolles jusqu'à leurs toitures, à l'angle desquelles des dragons verts éclataient de rire.
Le premier jour de l'année, des vendeurs ambulants s'établissent dans la rue des Marchands-de-Lanternes et y répandent, le long des maisons, d'éblouissantes merveilles, que le peuple achète ou contemple. Ce sont des jades délicatement sculptés et transparents comme des ongles de princesse, des monstres de bronze grotesques et charmants, dont les gros yeux de porcelaine peinte regardent fixement; puis des coffrets de laque, de petites figures en or, des peintures historiques ou fabuleuses, encadrées de bambous et de perles, de la toile d'ortie, exportée de Nankin, une grande quantité de meubles somptueux et de costumes magnifiques vendus par les personnes riches qui dédaignent les objets vieux de plus de douze lunes, et mille choses encore.
Cette année-là, l'affluence des marchands et la richesse des marchandises étaient telles que les plus vieux habitants de Canton déclaraient qu'ils n'avaient jamais rien vu de pareil; les enfants criaient d'étonnement en levant les bras au ciel; les femmes, émues et timides, mordaient le bout de leurs ongles en inclinant coquettement à gauche leurs petites têtes ornées de plumes. Mais la foule était si épaisse et si agitée qu'on ne pouvait admirer longtemps la même chose, et plus d'un acheteur qui marchandait rêveusement un éventail orné de caractères, se trouvait tout à coup cet éventail à la main, devant un étalage de vieilles monnaies et d'armes anciennes, poursuivi par les hurlements du marchand frustré.
Ce vaste amas de promeneurs avait une ondulation molle, un balancement sans cahots, car chaque personne se laissait pousser sans résistance. A la moindre impulsion, venue de près ou de loin, tout le monde obéissait machinalement; celui qui aurait formé la résolution audacieuse de se diriger vers un but, ou seulement d'aller dans un sens plutôt que dans l'autre, aurait fort risqué de laisser en chemin la meilleure partie de sa toilette et même quelques-uns de ses membres.