Mais voici que, le front baissé, les mains liées derrière le dos, le roi de Corée s'avance dans la cour d'honneur, jonchée de morts et de blessés. Il s'est lui-même enchaîné comme un prisonnier, et il vient s'humilier, se soumettre, se rendre....
—Je suis ton esclave! s'écrie-t-il avec un sanglot, en tombant aux pieds de la belle guerrière.
Alors sous la rude cuirasse, le cœur de la femme se réveille et s'émeut.... Zin-Gou relève le pauvre roi, détache ses liens.
—Tu n'es pas mon esclave, dit-elle; tu resteras roi de Corée, mais tu seras mon vassal.
Et elle défend de piller la ville. On s'emparera seulement des trésors du roi, réservant pour elle les peintures, les objets d'art, toutes ces choses délicieuses, créées par la Chine, et que le Japon ne sait pas faire encore.
Au désespoir la joie succède, on acclame la conquérante magnanime, qui, elle, cherche sa récompense dans les yeux du beau Také-Outsi, de plus en plus troublés d'admiration et de tendresse.
Il y a aujourd'hui plus de treize siècles que la glorieuse Zin-Gou-Gvo-Gou rentrée triomphalement dans sa capitale, donna le jour à un fils, et poursuivit le cours d'un règne long et heureux. Et ne dirait-on pas que, dans le Japon moderne, si avide de progrès, si différent de l'ancien, rien n'est changé, cependant?
Les soldats ne portent plus le casque noir, agrémenté de cornes brillantes; au lieu de l'arc «d'invention récente», qui lançait des pierres, ils ont les canons et les fusils les plus perfectionnés; mais ce sont toujours les mêmes héros intrépides, dédaigneux de la vie.
Le Mikado qui règne aujourd'hui, Mitsou-Hito, l'Homme Conciliant, de la dynastie divine qui, selon la formule officielle, règne sur le Japon «depuis le commencement des temps et à jamais», descend directement de l'illustre impératrice Zin-Gou. Le cycle inauguré par son avènement s'appelle Mé-Dgi, «règne lumineux», et il brille en effet d'une éclatante façon. Le souverain actuel, dont les victoires étonnent l'Europe, est certes digne de ses pères, et la déesse soleil: Tien-Sio-Daï-Tsin, sa radieuse aïeule, peut se reconnaître en lui, le fils de ses fils, et, du haut du ciel, lui sourire.