—Il est certain qu'elle ne désire que le printemps, se dit-il.

Et il s'arrêta, pour écouter la bise aigre siffler au dehors.

Déjà le jour baissait. La prochaine aurore allait donc le prendre au dépourvu.

—Le printemps! murmurait-il en se rasseyant à la place qu'il avait quittée tout à l'heure.

Brusquement sa tristesse se changea en colère. Il fit appeler son premier ministre.

Le Nai-Daï-Tsin accourut, courbant le clos, et tout en débitant son compliment, vit le sombre visage du maître et n'augura rien de bon. Le prince garda un moment le silence, comme s'il hésitait à donner un ordre extravagant; mais après un mouvement d'épaule irrité, il parla d'une voix dure.

—C'est demain la fête de ma fille, dit-il. Je veux, vous entendez, je veux, qu'au jour levant, les arbres et les buissons du parc, et de toute la campagne environnant le palais, soient couverts de fleurs, comme aux premiers mois du printemps. Allez!

—Vous serez obéi, maître, dit le ministre en sortant à reculons.

Mais une fois sorti, consterné, anéanti, il laissa baller ses bras dans les longues manches qui les cachaient.

—C'est l'exil, c'est la mort! murmura-t-il. Oui, la mort, car je n'ai pas le temps de fuir assez loin. En pleine prospérité, la foudre qui tombe sur moi!