Ses jambes se dérobaient, il s'adossa à la boiserie.

—Qu'ai-je fait pour être en disgrâce?... Rien, se répondit-il après un sévère examen de conscience; c'est pour sa fille, il veut vraiment commander au printemps.

Il resta sans penser un long moment, la tête roulant comme une boule de plomb sur sa poitrine; mais bientôt il secoua cette lourde tête, et la releva d'un air résolu.

—Allons, soyons digne de notre race, dit-il, un japonais ne tremble pas devant la mort; ce ne sera pas en vain que j'aurai, depuis l'enfance, pris des leçons de suicide. Voyons, le sabre d'abord, pour se fendre le ventre d'un seul coup, de gauche à droite, puis le poignard qui tranche la gorge....

Il tira son sabre, mais l'arme resta au bout de son bras, la pointe appuyée au sol.

—S'il était possible, pourtant, par quelque artifice, de simuler le printemps, au lieu de la ruine et du suicide, quelle fortune! Ne désespérons pas trop vile, il sera temps toujours de mourir.

Il eut un sursaut d'effroi en voyant que l'ombre avait envahi le palais et que les lumières commençaient à s'allumer.

—L'immense parc et toute la campagne! dit-il, et rien qu'une nuit.

Tout en courant, il rengaina, gagna sa demeure, et réunit le conseil.

Sans permettre à ses collègues de s'asseoir, il leur fit part de l'ordre extraordinaire donné par le prince.