—Là, j'en étais sûr.... Quand on est mort on ne distingue pas le bois de saule du bois de cèdre; d'ailleurs, il n'y aura pas besoin de cercueil: il y a dans la cour une vieille auge d'écurie qui sera excellente pour m'en faire un.

—Y songez-vous, mon oncle? Elle est beaucoup trop courte; jamais votre corps n'y pourra entrer.

—Rien de plus facile que de raccourcir mon corps: tu me feras couper en deux et l'on mettra les deux moitiés l'une sur l'autre; mais qu'on ne prenne pas notre bonne hache pour me couper en deux; tu emprunteras celle du voisin.

—Pourquoi emprunter celle du voisin, quand nous en avons une chez nous? dit Perle-Fine.

—Tu ne sais donc pas que j'ai les os très durs: on ébrècherait le tranchant de la hache et il faudrait dépenser des tsins pour la faire réparer.

—Ah! mon oncle! cessez de parler de choses aussi lugubres. Allez-vous reposer plutôt jusqu'au dîner, pour montrer à vos hôtes un visage aimable.

—Mes hôtes! Je voudrais les savoir tous de l'autre côté du pont des Enfers.

—Allons, allons! dit Perle-Fine, calmez-vous; le repos vous fera du bien. Moi je m'occuperai à dresser la table.

Rouille-des-Bois sortit de la pièce en grommelant:

—Une once d'argent! une once d'argent! Restée seule, Perle-Fine s'adonna à une douce rêverie.