Ma stupéfaction était extrême et ma crainte diminuait. Je trouvais les hommes si jolis, si lestes dans leurs gestes, que je ne me lassai pas de les regarder.


J'APERÇUS SUR L'AUTRE RIVE UN ÉLÉPHANT.


Ils s'en allèrent pourtant et je ne les revis plus.

Un soir que, solitaire, selon ma coutume, je descendais boire au lac, j'aperçus sur l'autre rive un éléphant qui me regarda aussi et bientôt me fit des signes affectueux. Cela me flatta de voir qu'il n'éprouvait pas pour moi, comme les autres, de la répulsion; qu'au contraire il semblait m'admirer et tout disposé à se lier d'amitié avec moi. Pourtant je ne le connaissais pas; il n'était certainement pas de notre harde.

Il arracha quelques racines délicates dont nous sommes friands et me les montra, comme pour me les offrir; alors je n'hésitai plus, je me mis à la nage et je traversai le lac.

Quand j'eus atteint l'autre rive, je fis comprendre à cet aimable étranger que je n'étais pas venu attiré par la gourmandise, mais bien pour jouir de sa compagnie. Il me força tout de même à accepter une partie de sa trouvaille et se mit gentiment à manger le reste. Puis, après quelques gambades qui me semblèrent fort gracieuses, il s'élança en avant, m'invitant par des regards aimables à l'accompagner dans sa promenade. Je ne me fis pas prier et nous nous enfonçâmes tous deux dans la forêt, courant, folâtrant, cueillant des fruits et des fleurs.