Très correctement, les membres de la troupe vinrent, chacun à son tour, saluer Moukounji, et me caresser, et, au fur et à mesure, M. Harlwick, s'adressant à Moukounji, les nommait par leur nom et indiquait leur emploi.
—M. Oldham, monsieur, notre premier clown et régisseur, que vous connaissez déjà; M. Edward Greathorse, notre premier écuyer, et mistress Greathorse, une des plus distinguées équilibristes qui soient, et leurs deux enfants, le jeune M. William Greathorse, qui n'a pas son pareil pour crever un cerceau en papier et retomber d'aplomb sur un cheval; et la charmante miss Annie Greathorse, qu'a séduite l'étude du trapèze, et qui connaît déjà tous les secrets de cet art difficile.
M. et Mme Greathorse ne me plurent qu'à demi. M. Greathorse était un homme très grand, très sec, qui semblait âgé d'une quarantaine d'années; on sentait, à le voir, qu'il était habitue à parler à des chevaux, et à leur parler rudement. Mme Greathorse avait à peu près le même âge que son mari et était aussi grande que lui; mais, autant il était maigre, autant elle était grosse; son visage, vulgaire, avait un air de dureté, et son nez était singulièrement aplati. J'en compris, plus tard, la raison: l'exercice favori de Mme Greathorse était de tenir, en équilibre sur son nez, un bâton avec, au bout, une grosse boule de fer.
Le jeune M. Greathorse, à qui l'on pouvait donner dix-sept ou dix-huit ans, me déplut tout à fait, tant il avait l'air sournois. Il ne devait se plaire qu'à jouer à ses camarades les plus méchants tours.
Seule, de cette famille, miss Annie m'inspira quelque sympathie. C'était une jeune fille, presque une enfant encore, de quinze ans environ, d'aspect assez chétif, et à qui le trapèze avait, outre mesure, développé les bras. On devinait qu'elle se fatiguait trop et qu' elle souffrait; sa figure était agréable, douce et pâle, et elle avait de jolis cheveux blonds.
Après les Greathorse vinrent six personnages qui se ressemblaient tous, bien que le plus âgé parût trente-cinq ans, et le plus jeune neuf ou dix; ils souriaient tous du même sourire, qui semblait figé sur leurs lèvres.
—Les frères Smith, monsieur, dit M. Harlwick; de bien recommandables gentlemen; tant qu'on ne les a pas vus faire la pyramide humaine, on ne sait pas ce qu'est l'acrobatie.
Les frères Smith saluèrent, souriant toujours.
Puis ce fut une jeune femme, fort élégante et gracieuse.
Miss Morley, monsieur: vous l'admirerez dans ses exercices de haute école, notre savante amazone, monsieur.