ILS DIVERTISSAIENT LE PUBLIC PAR MILLE FACETTES EXTRAVAGANTES.
La représentation se continuait fort bien. Les éloges que M. Harlwick avait décernés à ses compagnons en nous les présentant, me semblaient mérités. Les frères Smith étaient d'une agilité merveilleuse; si mistress Greathorse semblait désagréable à vivre, c'était une adroite équilibriste, et miss Alice Jewel était, sur la corde raide, d'une grande dextérité. Les écuyers, les écuyères montaient habilement, et je fus ravi par les gracieux mouvements qu'avait à cheval miss Clary Morley; elle ne frappait pas son cheval; elle ne l'excitait que par des paroles amicales. Seule, la pauvre Auntie Greathorse me fit souffrir; je la sentais si mal à l'aise sur son trapèze.
C'était après elle que devait paraître le «fameux Devadatta». Et je parus. Mon succès fut grand, on m'applaudit; quand je rentrai, on me caressa. Et pourtant je n'étais pas joyeux: la moindre caresse de Parvati m'eût été plus douce.
Dans la représentation la fin me charma plus que tout le reste: on terminait en effet par les oiseaux de miss Circé Nightingale, et par la danse lumineuse de miss Sarah Skipton.
On amenait au milieu du cirque une volière, pleine d'oiseaux divers, qui chantaient harmonieusement. Puis, parut miss Circé, charmante en une robe clair azur, et avec, autour de la taille, une ceinture d'argent; un peigne d'argent retenait ses fins cheveux blonds et les paraît d'un éclat atténué; à la main, elle tenait une flûte d'argent. Elle vint à la volière; elle en ouvrit la porte, et les oiseaux s'échappèrent, voltigeant gaiement autour d'elle, et, parfois, se posant sur son épaule. Elle leur souriait en amie; et, à un geste quelle fit, tous s'envolèrent vers le plafond du cirque. Alors, elle joua de la flûte, et les oiseaux lui répondaient, et l'on ne savait plus si son chant n'était pas le chant d'un oiseau. Elle pressa le rythme de l'air et les oiseaux redescendirent vers elle; et ils volaient autour de sa tête, et semblaient la couronner d'une vivante couronne. Sans cesse, elle changeait le rythme de la chanson, et les oiseaux familiers formaient de nouvelles figures, toutes gracieuses; et l'on eût pris la douce charmeuse d'oiseaux pour quelque reine du ciel. Et quand la flûte se tut, les gais amis de miss Circé rentrèrent dans la volière, et ravis, les spectateurs applaudirent, unanimes.
Où était la volière, on amena une assez grande estrade; là monta miss Sarah Skipton, vêtue d'une ample robe blanche, d'étoffe légère, aux plis nombreux, et ses beaux cheveux flottaient sur ses épaules. Puis, on éteignit les lustres; seules quatre lampes, quatre lanternes plutôt, restèrent allumées, qui dardaient leurs rayons sur l'estrade, entourant miss Sarah d'une gloire lumineuse. Devant les lampes on faisait passer des verres de couleur, et, parmi les lumières, changeantes sans cesse, Sarah danse; elle dansait, légère et vive, ou lente et languissante; et sa robe, rouge, verte, jaune, violette alternativement, ou encore de plusieurs couleurs à la fois, tourbillonnait autour d'elle; et la femme devenait fleur, papillon, oiseau; elle était l'aurore, elle était le crépuscule; elle était l'orage aux mille éclairs, elle était la mer souriant au matin; elle était les pierres précieuses, elle était le soleil victorieux. Et, soudain, les lustres se rallumèrent, et tous acclamaient Sarah triomphante.