La nuit était venue; on me laissa seul, ainsi enchaîné. Avec acharnement je travaillai à détruire ces liens, mais sans pouvoir y parvenir. Enfin, accablé de désespoir et de lassitude, je me jetai sur le sol et, bientôt, je m'endormis.
[1] Troupe d'animaux sauvages.
[Chapitre III]
MARCHE TRIOMPHALE
Quand je rouvris les yeux, le soleil était levé et je vis tout autour de l'enclos, hors de ma portée, les éléphants de la veille, attachés par un pied à l'aide d'une corde, facile à rompre d'un seul effort. Avec beaucoup de satisfaction, ils mangeaient d'excellentes herbes et des racines amassées devant eux.
J'avais trop de honte et de tristesse pour avoir faim, et je regardais d'un œil morne ces prisonniers dont je ne pouvais comprendre l'air tranquille et heureux. Lorsqu'ils eurent mangé, des hommes parurent et, loin de témoigner de la frayeur, les éléphants les saluèrent en agitant leurs oreilles et en donnant tous les signes de la joie. Chacun s'adressait à un homme spécialement, et l'homme ne s'occupait que d'un seul. Il détachait l'entrave du pied, frottait d'un onguent la peau rugueuse, puis, à un signe, le captif repliait, en arrière, un pied de devant pour que l'homme pût y monter et se hisser ainsi sur le colosse.
Je regardai tout cela avec une si vive surprise que j'oubliai presque ma peine. Maintenant, chaque homme était assis sur le cou d'un éléphant et, l'un après l'autre, ils se mirent en marche, puis sortirent de l'enclos qui, derrière eux, fut refermé.
Je restai seul, comme abandonné. La journée fut longue et cruelle; le soleil me brûlait, la faim et la soif commençaient à me faire souffrir. Je ne me débattais plus; mes jambes étaient meurtries par les vains efforts que j'avais faits. J'étais accablé, hébété, me considérant déjà comme mort.