J'admirais la sagesse et le savoir de mon nouvel ami, qui avait tant vécu. Je ne pouvais me lasser de l'interroger et il me répondait avec une complaisance inépuisable.

Je traduis aujourd'hui en paroles ce qu'il tâchait de me faire comprendre alors en le traduisant lui-même dans le langage très borné des éléphants; il lui fallait recommencer maintes fois les explications et il ne s'impatientait nullement de mon ignorance, lui qui depuis longtemps comprenait la langue des hommes.

—Attention! me dit-il tout à coup, en entendant une lointaine musique, voici les Talapoins qui viennent vous bénir.

Il s'efforça de me faire entendre ce que c'était que les Talapoins; j'eus l'air de comprendre, par politesse, mais en réalité je n'avais rien compris, sinon qu'il s'agissait d'un honneur nouveau qu'on allait me rendre.

Précédés de nos officiers et de nos esclaves, trois hommes, très différents des autres s'avancèrent au son de la musique.

Ils avaient la tête rasée, les oreilles saillantes et portaient de longues robes jaunes à larges manches. En entrant, ils ne se prosternèrent pas, ce qui, je l'avoue, me choqua un peu.

Le plus vieux marchait au milieu; il s'arrêta devant moi et commença à parler d'une voix singulière, haute et monotone; puis, sans se taire, il prit de la main d'un de ses compagnons une houppe à manche d'ivoire, tandis que l'autre lui tendait un bassin plein d'eau. Il trempa la houppe dans l'eau et se mit à m'asperger d'une façon qui m'agaça beaucoup; je recevais des gouttes d'eau dans les yeux, sur les oreilles, et comme cela durait un peu trop, à mon idée, j'arrachai vivement cette houppe de la main du Talapoin et, l'imbibant bien d'eau, je la secouai sur eux trois, leur rendant ainsi ce qu'ils m'avaient fait. Ils se sauvèrent en riant et en s'essuyant la figure avec leurs manches, et moi je poussai un long cri pour proclamer ma victoire et mon contentement. Cependant, Prince-Formidable n'approuva pas ma conduite. Il trouva que j'avais manqué de dignité.