Au cri qu'il poussa, au lieu de chercher à le secourir, ceux de ses compagnons qui tenaient encore, prirent la fuite. Pendant ce temps, je balançai le vaincu comme un trophée, puis je le lançai au milieu de la rivière où il tomba avec un pouf presque aussi fort que le mien de tout à l'heure. Le misérable se débattit un instant, puis fut emporté, précipité avec la cataracte.
[Chapitre X]
GANÉÇA
Le soleil resplendissait maintenant, nous séchant de ses rayons. Nous étions sauvés, et cette joie-là emportait toutes les souffrances que nous avions endurées.
Le prince était descendu; debout devant moi, il me regardait avec reconnaissance.
—Sans toi me dit-il à l'heure qu'il est, ma tête roulerait dans le sang. Pendant notre fuite notre salut dépendait des minutes qui s'écoulaient, et, pour n'en pas distraire une seule, je ne t'ai remercié que dans mon cœur. Mais maintenant, solennellement, devant le soleil qui flamboie, je veux t'exprimer les sentiments que m'inspirent ton dévouement et ton héroïsme. O Iravata! sans toi, Saphir-du-Ciel, dans ses voiles de deuil, pleurerait ma mort; sans toi, je ne verrais pas l'enfant qui doit naître; mon nom serait obscurci par ma fin honteuse, mon royaume envahi et saccagé; tandis que moi vivant tout peut être réparé. Et c'est grâce à un être que les hommes croient inférieur à eux! Ah! la princesse de Siam a raison, c'est bien une âme royale et héroïque qui se cache sous ta rude enveloppe.
J'étais confus de tant d'éloges et je ne pouvais faire comprendre que, si j'avais une âme, c'était tout simplement une bonne âme d'éléphant, toute pleine d'affection pour celui qui m'avait le premier traité en ami.