—Si vous mentez, Brahma le saura et Allah aussi, et vous serez fouettés.
—Non! non! très sages! criait-on de toutes parts.
—Alors, allons au bazar!
Les cris reprenaient de plus belle et, comme une nuée de sauterelles, toute cette marmaille, tandis que je me remettais en marche, sautait, cabriolait dans la poussière soulevée, quelques gamins même s'oubliaient jusqu'à faire la roue, exercice qui, je dois l'avouer, émerveillait la princesse.
Une bourse pleine de roupies était accrochée à une de mes défenses et nous achetions au bazar toutes sortes d'objets et de friandises.
Chaque enfant, après avoir mûrement réfléchi, un doigt dans la bouche le plus souvent, disait ce qu'il voulait: des mangues, des bananes, des oranges, un sorbet, des pâtes confites, ou bien un collier en graines de vamba, rouges comme du corail, des bracelets de terre émaillée, un parasol, des babouches; quelques-uns demandaient un pagne ou un voile de mousseline. Je n'étais pas oublié, moi, non plus. Je devais aussi choisir ce qui me plaisait, et invariablement je m'arrêtais à la devanture d'un pâtissier, où ma gourmandise se donnait libre carrière. J'engloutissais tartes, galettes, gâteaux à la crème, biscuits, brioches, tout l'étalage. J'avais honte de ma goinfrerie; mais je ne pouvais pas me retenir. C'était moi qui faisais la plus grosse dépense.
La monnaie de la dernière roupie, je la jetais à la volée, et tandis que les enfants s'éparpillaient pour ramasser les pièces, nous nous échappions, quelquefois, ils se lançaient à notre poursuite et nous rejoignaient. Ils formaient alors, autour de moi, en se tenant par la main, une ronde joyeuse qui m'emprisonnait.
Parvati s'agitait dans sa corbeille, elle avait bien envie de descendre, de se mêler à la danse; mais sa dignité de princesse ne permettait pas une pareille chose. Quand je devinais que les jambes lui démangeaient de trop, je rompais le cercle, d'un air sévère, et je m'éloignais rapidement.