L'empoté, c'était le régisseur.
—Ah! il est propre, Bouddha! Avec ça qu'il le joue bien, Lafertrille! Il n'est pas plus Bouddha que toi!
C'était à moi qu'elle parlait, Antonia, et en présence du Bouddha doré, «qui était peut-être le vrai Dieu!»
—Lafertrille est, en tout cas, moins Bouddha que celui-ci! dis-je en essayant de rire.
Je n'aimais pas beaucoup ce Lafertrille. Un instinct. Si Antonia en voulait à la grande Stella, Lafertrille, bourreau des coeurs, y était peut-être bien pour quelque chose. Je ne l'ai jamais su. Passons. Toujours est-il que lorsque j'eus comparé à Lafertrille le pauvre et bon Bouddha de la rue des Martyrs, Antonia se mit aussitôt dans une colère! Et comme si le Bouddha des Nouveautés eût été là, et le régisseur, et la grande Stella, et les petites camarades, elle s'avança vers mon Bouddha à moi et, lui mettant le poing sous le nez:
—Oh! toi, tu sais, tu es aussi bête que l'autre!
Pauvre Bouddha, va!
Je ne sais pas pourquoi, mais l'injure me parut injuste, imméritée, et moitié sérieux, moitié riant, je me mis à plaider la cause de Bouddha, le vrai Bouddha! Voyons, était-ce sa faute à ce Bouddha, si Lafertrille était un insolent, et si la grande Stella se montrait si mal embouchée,—quoiqu'elle eût une jolie bouche, Stella...
—Une jolie bouche? Et où as-tu vu ça? Grande comme un four, sa bouche! On y passerait la tête! Ah ça! mais, tu vas la défendre aussi, toi, Edmond!
—Moi? pas le moins du monde!