Le soir même, sous prétexte de demander à M. Norton des nouvelles de cette dépêche qui le préoccupait si fort, elle pria Georges de l'accompagner à la villa. Mme de Solis n'eût pas désiré faire cette visite que, tout naturellement, comme poussé par une force, le marquis se fût rendu chez Norton où il se jurait cependant de ne plus reparaître.

Et, après cette première visite, d'autres visites se succédaient, amenant dans la promiscuité de la vie des eaux une intimité quasi quotidienne, malgré l'inquiétude éveillée de la mère, malgré les désirs de fuite du fils. Norton se livrait, parlant de ce monde d'affaires qu'il traitait, brassait, à distance, qu'il tenait comme au bout du câble transatlantique, inquiet de ce qui s'agitait dans la ville enfumée, Smoky town, Norton City, qui portait son nom, préoccupé de ses puits de gaz naturel de Pittsburg, de ses mines de Saint-John, de ses offices de New-York, la Cité Empire, remuant un monde à travers l'Atlantique et ne songeant cependant, en réalité, qu'à la santé de cette femme pour laquelle il venait quémander, lui, le roi du fer, du pétrole et de la houille, la science du maître de la Charité.

Ils se voyaient souvent, Georges et lui, et, un jour, le marquis l'avait trouvé soucieux, attendant une dépêche importante, grave. Le marquis allait précisément, ce soir-là, à la villa, accompagnant Mme de Solis.

Norton et Sylvia étaient au salon donnant sur la mer.

—Eh bien! demanda le marquis, la dépêche, mon cher Norton?

—Rien encore, dit-il. J'ai prié Montgomery de télégraphier encore, deux fois, trois fois.

Il paraissait inquiet.

—Est-ce une chose qui vous préoccupe plus particulièrement? dit Georges qui semblait éviter de parler à Sylvia, très froide.

Mistress Norton regardait, tout en causant avec la marquise, les gravures d'une revue américaine.