—Oui, dit Norton, je suis étonné que Snapkings ne m'ait pas donné de nouvelles des mines de Saint-John. Mais je vous avoue, ma chère Sylvia, dit-il en se tournant vers sa femme, que ce n'est pas l'Amérique qui m'inquiète le plus vivement aujourd'hui.

—Et c'est? dit-elle en posant sur un guéridon le Harper's Magazine.

—C'est vous! répondit Norton.

—Moi?

—Oui! Vous êtes de plus en plus pensive, souffrante. J'ai bien peur que toute la science de Fargeas....

Georges éprouvait une sorte d'angoisse. Jamais Norton, qui s'était confié à lui dans l'intimité, ne parlait tout haut de ses inquiétudes. Le marquis voulait détourner une conversation qui pouvait être pénible à Sylvia. Il n'osait pas.

Mais Mme de Solis, comme si elle eût tout deviné, répondit bien vite en s'adressant à Norton:

—On ne guérit pas en un jour des affections qui datent de loin déjà, mais tout arrive à qui sait attendre! Je suis persuadée que mistress Norton retournera à New-York complètement rétablie. Rétablie et heureuse! Oh! je n'ai pas besoin du docteur Fargeas pour prédire ça! Je suis femme. Cela suffit!

—Je souhaite que vous disiez vrai, marquise! fit Norton, car la santé de ma chère Sylvia, le bonheur de mistress Norton, voilà ce qui me rend anxieux à toute heure de ma vie!

—Mon ami! dit doucement Sylvia qui n'osait regarder M. de Solis.