Norton prit, sur un guéridon, un syphon d'eau de Seltz qu'il vida à demi dans un verre de sherry; puis il but rapidement, les lèvres sèches comme aux heures de fièvre.
Ensuite, faisant asseoir Georges devant lui, dans le window, il reprit froidement, résumant une conversation avec la netteté d'un homme d'affaires:
—Vous me disiez qu'arrivé à une date décisive de votre vie où vous songiez à vous marier, je ne sais quel souvenir vous tenait encore au cœur.... Vous rappelez-vous cette confidence?
—Parfaitement, dit Solis.
—Moi, je me suis souvent reporté à cet entretien! Vous m'avez alors vaguement raconté ce roman; mais il était assez lointain, assez oublié, et, je pense, perdu, dans le brouillard du passé, pour qu'il vous fût possible de disposer librement de votre existence et de votre cœur.... C'est bien ce que j'ai compris alors?
—A peu près! fit le marquis.
—Oh! A peu près ou tout à fait! dit l'Américain avec un peu de brusquerie. Quand il s'agit du passé, une nuance de plus ou de moins ne saurait compter!... Il n'y a pas de milieu entre la vie ou la mort. Vous vouliez vous marier. Donc le passé était enterré bel et bien! Vous aviez raison! J'ai beaucoup songé depuis, je vous le répète, à vos confidences.... Je vous aime assez vivement pour seconder vos projets.... Vous cherchez une fiancée. Eh bien! je vous en ai trouvé une!
—Vous? dit Georges en le regardant bien en face.
Très froid, l'Américain affectait de sourire et, d'un ton net, continuait, en se croisant les jambes et en jouant avec un cigare qu'il ne fumait pas:
—Oh! ce n'est pas Mlle Offenburger. Non. Une charmante jeune fille. Très bonne. Toute à se dévouer à celui qu'elle aimera. Un petit cœur d'or, et, avec ce cœur-là, pour dot, trois millions.