—Norton! dit Solis en fronçant le sourcil.

—C'est peut-être trop peu? fit l'Américain, en souriant, comme s'il se méprenait sur le sentiment du marquis. Mais elle peut regarder comme à elle une partie de ce que je possède. C'est Éva, ma nièce Éva!

—Miss Éva!

—Elle est assez jolie, je pense. Elle est intelligente jusqu'au bout des ongles et elle vous trouve assez de son goût pour pardonner bien des choses à Paris, en faveur de ce Parisien, qui lui plaît.

—Elle vous a dit?...

—Elle ne m'a rien dit! Mais parce que je suis une espèce de trappeur absorbé dans ses préoccupations et qui doit avoir, vous semble-t-il, toute son attention accrochée au câble transatlantique, je vois fort bien, je devine clairement ce qui se passe et ce que l'on pense autour de moi. Éva est une créature exquise que j'adore, vous êtes un ami dévoué que j'estime et, en vous unissant l'un à l'autre, je suis persuadé de faire un mariage heureux... s'il y en a!

—Miss Éva est, en effet, adorable. Une jeune fille exquise, comme vous dites, certainement.... Mais....

Richard attendait la réponse de Solis. Et Georges, embarrassé, devinant une arrière-pensée chez Norton et, dans cette causerie amicale—non pas un piège, une épreuve—Georges hésitait, cherchait une raison de refus.

—Eh bien, quoi? fit Norton. Vous n'allez pas refuser ma nièce? Vous seriez difficile et vous ne trouveriez pas la pareille! Trois millions sont-ils une dot insuffisante?... C'est bien simple: elle en aura six!

Le marquis se récria, trouvant là peut-être le prétexte souhaité: