—Vous ne voulez plus vous marier?
—Non.
—La vocation du célibat vous a poussé vite! fit Norton, railleur.
—D'ailleurs, et c'est bien naturel, si j'épousais une femme, c'est parce que je l'aimerais.
—Éva, toute disposée à vous aimer, saurait fort bien se faire adorer!... répondit Norton. Mais en vérité, mon cher, je ne fais, en vous parlant aujourd'hui comme je vous parle, que mettre à portée de votre décision cet avenir dont vous vous préoccupiez quand vous vous êtes confié à moi!... Je vous entends encore: «Lorsqu'on n'a pas épousé celle qu'on devait aimer, il faut peut-être laisser au hasard le soin de nous faire aimer celle qu'on épousera!» N'êtes-vous plus de cet avis?
Georges sentait bien qu'en devenant pressant, en la poussant ainsi dans ses retranchements intimes, Norton avait un but. C'était là comme une sorte d'escrime morale, dans laquelle le mari cherchait à faire découvrir son ami. Et Solis, maître de lui, jouait serré, affectant de ne pas comprendre.
—Non, je ne suis plus de cet avis. Plus tout à fait. J'ai réfléchi, je viens de vous le dire: je veux rester libre!
—Libre!... fit Norton. Un honnête homme qui épouse une honnête femme double sa liberté d'un dévouement, et c'est par là surtout qu'il apprend cette vérité qu'il n'est pas de liberté sans devoir!... Ce mariage! C'est une pensée qui m'est venue tout à coup comme viennent les idées heureuses, par illumination. Oui, je dis bien. Il assurait, pourtant—ce mariage—et le bonheur d'Éva et le vôtre! Je l'avais rêvé!... Je le voulais. Oui, oui—il appuyait sur le mot.—Je le voulais. Et morbleu, dit-il, il faut pourtant que vous vous mariiez!
—Pourquoi? dit Georges.
Norton s'animait peu à peu.