—Ah! pourquoi? pourquoi? Toutes les raisons que vous me donnez n'en sont point!... Vous n'allez pas me dire que vous n'épouserez pas Éva parce qu'elle est Américaine? Mme de Solis, qui est pétrie de préjugés français contre les Américains, me disait, il n'y a qu'un moment, qu'Éva est pour elle la jeune fille idéale.
—Ma mère savait-elle que vous deviez me parler de miss Éva?
—Non, sur ma parole, et si je vous nomme la marquise, c'est que je suis certain qu'elle serait heureuse, elle aussi, de vous garder auprès d'elle, marié, casé, fixé....
—Si vous aviez dit à la marquise de Solis que miss Meredith compte sa fortune par millions, ma mère vous eût répondu que les héritières de ce genre ne sont pas faites pour les gentilshommes sans autre fortune que leur nom.
Richard se mit à rire un peu nerveusement.
—Leur nom, leur blason, leur honneur! Eh! que diable, vous n'allez pas me jeter à la tête des millions que nous avons gagnés loyalement, comme vous autrefois vos titres?... La sueur vaut le sang, mon cher. Et puisque je n'ai pas, comme tant d'imbéciles parvenus, la sottise d'être vain de ma richesse, n'allez pas au moins vous aviser de me la faire regretter, cette richesse-là. Si je pense à vous pour Éva, c'est que je veux que mon enfant soit à la fois heureuse et honorée, et que, je vous le répète, je l'aime comme je vous estime.
—Vous êtes la générosité même, mon cher Norton, mais, je vous l'ai dit, et je vous le redis encore, fit M. de Solis, je ne veux pas me marier.
—Vous ne voulez pas?
—Non.
—Est-ce bien parce que vous voulez conserver votre liberté?