—C'est juste! fit le Parisien. Riche est maintenant un minimum. Pour avoir le strict nécessaire, il faut être....
—Richissime!... Parfaitement. C'est notre monde américain qui a inventé ces superlatifs. Et en route pour l'énorme, l'excessif, le gigantesque!... Nous ne pouvons vivre, cher monsieur, comme votre vieille Europe, sur une motte de terre usée et avec les quatre sous qui suffisaient autrefois à nos pères!... Qui n'est pas trop riche maintenant ne l'est pas assez! Qui n'a pas d'indigestion n'a pas dîné! Qui n'est pas fou d'amour n'a pas aimé!
—Je comprends... dit Bernière, en ouvrant son ombrelle... vous ne voulez pas vivre comme des épiciers.
L'Américain hocha la tête avec un petit air railleur:
—Oh! cher monsieur, prenez garde, prenez garde! Avec un Américain, il ne faut jamais railler l'état qui semble le plus ridicule pour vos préjugés français, parce que l'ambassadeur ou le président des Etats-Unis peut précisément l'avoir exercé.... L'homme qui vous parle a fait sa fortune dans un comptoir d'épicerie.
—Un Montgomery?
—Oui. Ma femme voudrait bien l'oublier. Mais je ne rougis pas du tout, moi, de m'en souvenir!...
—Et vous avez bien raison!... Cependant, votre associé, M. Norton, ce n'est pas avec des... pruneaux qu'il a gagné cette maison normande, les collections qu'il y loge et son hôtel de Paris, l'étonnement des invités, le joyau du parc Monceau?
—C'est peut-être avec des pruneaux qu'il a gagné tout cela! Je ne le lui ai pas demandé, répondit froidement Montgomery. Du reste, nous ne demandons jamais d'où vient une grande fortune et une jolie femme. Nous saluons l'une et nous respectons l'autre.
—C'est la femme que vous respectez? demanda en riant M. de Bernière qui s'était levé, trouvant décidément le soleil trop chaud.