—Est-ce que ce n'est pas vrai que tout ici vous pèse et vous tue? Est-ce que ce n'est pas vrai que votre cœur étouffe? Est-ce que ce n'est pas vrai que j'ai deviné, Sylvia?

Et elle, toujours effarée:

—Pas un mot.... Plus un mot... mon ami... au nom de cette affection même dont vous parlez....

—C'est que ce n'est plus, comme autrefois, l'affection qui se résigne; c'est, vous voyant ainsi, l'amour vrai qui se révolte!... Je ne parle pas de Norton.... C'est un homme d'honneur, oui, le plus loyal des hommes, mais, encore une fois, qui ne vous comprend pas, qui vous laisse souffrir, qui ne se doute même pas de ce qu'il y a de mortelle tristesse au fond de votre cœur!... Eh bien! pour toute créature humaine, Sylvia, il y a le droit de vivre, le droit d'exister, de sentir son cœur battre! Il faut regarder son droit en face, et la vie que j'ai menée m'a donné le culte de l'absolu. L'absolu, ici, c'est notre salut et c'est notre amour. Je vous aime et je n'ai jamais aimé que vous, et je vous aimerai toujours, et je veux vous donner toute ma vie, tout mon être, et je veux vous emporter je ne sais où, où l'on ne meurt pas et où l'on s'aime!

—Georges! Georges! dit-elle, entraînée, soulevée par ce souffle de passion, cette folie de vivre. Ah! si vous saviez à quelles tortures vous me condamnez sous prétexte de me consoler et de me plaindre!

—Si ces tortures sont les dernières, qu'importe? s'écria Solis.

—Les dernières?... Hélas!

—Vous voyez bien que tout en vous se débat, que vous souffrez à en mourir! Eh bien! pour le salut de la créature humaine qu'on aime le plus au monde, tout est permis!

—Tout?

—Demain, cette nuit, quand vous voudrez, nous partirons. Une fuite, un enlèvement, est-ce que je sais? Un coin d'Europe où nous nous cacherons. Une maison ignorée au bout de cette mer qui est là et qui nous appelle, et où nous serons libres....