—Êtes-vous fou?

—Libres, oui, et, si vous le voulez, une vie nouvelle commence, et qu'importe le monde et qu'importent les autres! Nous sommes innocents et on nous calomnie? Eh bien, puisque les propos de Dickson vous atteignent, vous, il pourra médire à son aise, le monde! Et nous aurons, du moins, vécu de ce qui était notre vie:—notre amour!

—Monsieur de Solis! Ah! monsieur de Solis, au nom de votre mère....

—Je vous adore, dit-il éperdu, et je veux que vous viviez! Je veux que tu vives! Eh bien! c'est à vous, sachant combien je vous aime, de savoir si vous m'aimez assez pour sacrifier votre existence comme je vous donne la mienne et pour toujours! Ah! pour toujours, je vous le jure!


Elle était blême, torturée, et cependant heureuse, heureuse comme dans une hallucination, un rêve fou.

Et elle se demandait si ce n'était pas la sagesse, cette folie que lui proposait cet homme. Un homme d'honneur. Aujourd'hui comme autrefois, il lui parlait d'une éternité d'amour. Et il était à eux, cet autrefois, refleuri tout à coup comme un printemps retrouvé. M. de Solis lui aurait donné son nom en Amérique. Il lui offrait ici toute son existence, tout son être.

Et c'était maintenant une griserie délicieuse qui l'enveloppait toute, c'était une sorte d'étourdissement léger comme dans le vaporeux état des morphinées. Une voix, la voix de Norton, la rappela tout à coup à la réalité.

Il était là, Norton, à quelques pas. Il donnait un ordre ou demandait un renseignement à un domestique.

Norton! Le mari! La loi! Le devoir!