—Des amies? Éva nous accompagne.

—Mistress Montgomery!

—Vous la retrouverez quelque jour, en Amérique.

—C'est de la folie, dit Sylvia. Et si ce départ n'est qu'une fugue soudaine, si votre caprice devient une tyrannie, il est inutile d'insister. Je ne partirai pas!

Elle avait mis toute sa résolution nerveuse dans ce refus, et Norton connaissait l'énergie de cet être résistant sous son apparence frêle.

—Je serai cependant en route dans trois jours, et je vous prie—je vous prie, mistress Norton—dit-il en insistant, de ne point me laisser partir seul.

—Je n'ai pas demandé à venir en France. Je ne quitterai pas la France parce que le propos d'un passant aura effleuré mon nom! Et, d'ailleurs, pour ceux-là mêmes qui sont ici—pour le colonel Dickson ou mistress Dickson, vous voyez que je les connais ceux qui peuvent parler de moi—un départ aurait l'air d'une fuite. Leur calomnie aurait semblé m'avoir atteinte en me contraignant à la retraite. Je ne partirai pas.

—Sylvia! dit Norton, dont le visage, pâle tout à l'heure, se congestionnait violemment.

—Eh bien?... fit-elle résolue, très calme.

—Vous ne me connaissez pas, dit le Yankee. Vous m'avez vu toujours soumis à vos caprices, humble devant vous comme un enfant! Vous vous figurez que je puis renoncer à ce que je veux quand ma volonté a décidé quelque chose? Vous oubliez que tout ce que j'ai voulu, dans ma vie, je l'ai fait. Je ne suis pas un esprit romanesque comme M. de Solis, je suis un homme qui sait où il va et ce qu'il veut. Eh bien, je vous jure, Sylvia, que je veux que vous ne restiez pas un jour de plus à Trouville et que vous m'accompagniez en Amérique, où je vais.