La jeune femme regarda, un moment, ce colosse qu'elle sentait furieux, et, lentement, avec une douceur implacable, elle refusa, répondant:
—Votre volonté, lorsqu'elle devient une injure, ne peut rien contre la mienne.... Rien!... Vous voulez que je parte parce qu'il vous plaît de me soupçonner?... Accusez-moi, insultez-moi, je ne partirai pas!...
Il répéta, menaçant comme tout à l'heure, ce nom aimé pourtant:
—Sylvia!
Puis s'arrêtant devant le regard clair, calme, attristé aussi, de cette femme:
—Ah! non... non... non.... Vous voulez m'affoler, me pousser à bout! Vous voulez que je croie tout?...
—Quoi, tout? Tout ce que la calomnie ramasse je ne sais où? Des folies ou des infamies?
—Voyons, oui, c'est de la folie; oui, c'est absurde, je le sais, dit-il... mais je ne veux pas que vous restiez ici.... Je suis injuste, je suis brutal... soit.... Mais, après tout, n'ai-je pas fait preuve d'un sang-froid qui m'étonne lorsque, tout à l'heure, de ces mains-là—et il montrait les poings nerveux du fendeur de bois—je n'ai pas écrasé les imbéciles qui contaient, en ricanant, les aventures de l'Américaine de la villa normande.... Oui, j'avais bondi, le sang aux yeux... et j'allais faire quelque esclandre—un malheur—lorsque cette idée m'est venue que le scandale était plus redoutable pour vous que les vilenies... les calomnies de ces niais féroces.... En relevant leur propos, je lui redonnais une force.... Je le relançais, au lieu de le laisser traîner à terre et crever comme un ballon chargé de gaz empoisonné.... Mais le sang-froid, ce n'est pas ma vertu, à moi, Sylvia! Vous devez le savoir et le voir!... J'étouffe.... J'ai devant moi des visions qui m'affolent.... Il faut me comprendre, Sylvia.... Il faut m'excuser....
Il répéta, cette fois, d'un ton net, absolu:
—Il faut me suivre!