—Ah! en vérité, vous, ne m'interrogez pas, ne dites pas un mot de plus!...

—Mon ami!

Le mot fit passer comme un nuage sur le visage de Norton.

—Taisez-vous, au nom même d'une amitié qui ne vous a point, paraît-il, enlevé le droit de voler l'affection de celle que j'aimais le plus au monde.

—Voler?... fit le marquis, se levant vivement.

Le Yankee, assis et le regardant bien en face, continuait:

—Arracher, emporter, qu'importe le mot? Ce qui est le fait, c'est la souffrance assise à mon foyer, c'est la désolation et la déception dans ce cœur gonflé et qui éclate—et de ses poings rudes il se frappait la poitrine—c'est la douleur, c'est la torture, c'est la séparation, c'est le divorce! Voilà!

Le divorce! ce mot tombait là comme un coup de foudre. Le divorce! Georges n'y avait pas pensé. Le divorce?... Lui qui rêvait la liberté, Norton lui-même la lui apportait—et là, presque sous la loyale main de cet homme, dans le buvard, cachée comme une arme de lâche, il y avait une lettre, la lettre destinée à la femme, la lettre qui disait: «Affranchissons-nous! fuyons! soyons libres!»

—Vous croyez peut-être, dit Norton avec une violente expression de souffrance—vous croyez aimer celle que vous avez rencontrée autrefois et qui vous plaisait? Allons donc! Je vais vous dire, moi, ce que c'est d'aimer? C'est de vivre uniquement pour une créature adorée; et pourtant, en voyant que l'existence qu'elle partage la torture et la tue, c'est de lui rendre cette liberté que notre loi nous permet, et ensuite d'emporter avec soi, pour toute consolation, le souvenir et la joie du sacrifice. Oui, voilà l'affection vraie, l'amour vrai, le dévouement vrai.... Tout le reste? Du désir... ou des phrases!

—Norton....