Sylvia achevait sa toilette au moment où il se fit annoncer chez elle. Elle mettait son chapeau, et la femme de chambre, qu'elle congédia en apercevant Richard, lui tendait ses gants.
—Vous sortiez? dit-il.
—Je voulais essayer de suivre les recommandations de M. Fargeas: prendre l'air.
—Je regrette, fit Norton, de retarder votre promenade; j'ai à vous parler, Sylvia. Oh! ce ne sera pas long! Mais j'ai à m'expliquer entièrement, froidement avec vous. Explication tout à fait nécessaire pour notre commune dignité, notre repos commun.
Sylvia ôta son chapeau et s'asseyant en face de Norton:
—Vous avez tout le loisir de vous expliquer, comme vous dites. J'allais chez ces pêcheurs, dans cette pauvre maison où l'on m'a vue, paraît-il, l'autre jour. Cette fois ce n'eût pas été Éva, mais moi qu'on eût pu suivre et épier en toute réalité. J'ai changé d'idées. Je ne sortirai plus!
—Voulez-vous, demanda Norton, que j'envoie à ces pauvres gens ce que vous comptiez leur porter?
—Non. Le petit Francis viendra lui-même comme je le lui ai permis, s'il ne me voit pas dans un moment. J'étais en retard. Il est peut-être en route.
Norton eut, sur ses lèvres rasées, un sourire triste, et la voix très calme, presque douce, faisant un visible effort pour maîtriser une émotion intérieure qui se trahissait malgré lui:
—Vous vous inquiétez beaucoup, dit-il, en la regardant avec une expression d'infinie tendresse, des gens qui souffrent de la misère; vous avez raison. Je ne sais rien de plus lugubre. Mais il est d'autres souffrances pourtant qui méritent un peu de pitié.