Le marquis avait envie de tendre la main à cet homme, de lui demander pardon, de lutter de générosité avec ce roi du fer, l'homme des dollars et des chiffres, des business et des labeurs de tâcherons, plus chevaleresque qu'un gentilhomme dans son mâle sacrifice, et dans l'étouffement de son amour.
Le divorce! Lui, Georges de Solis, lui, égoïste, avait songé à enlever Sylvia? Et Norton la donnait. Et Norton s'immolait à elle.
—Maintenant, répondit froidement l'Américain, je n'ai plus rien à vous dire.
Il sortit sans que M. de Solis eût le courage d'ajouter un mot. Le marquis le laissait partir, entendant s'éloigner les pas lourds et lents, comme lassés, du Yankee.
Mais lorsque la marquise, très émue, ayant, toute seule, pensé à ces histoires de cours d'assises où le mari armé d'un revolver—le revolver américain, autre forme du mildew—se dresse tout à coup entre la femme et l'amant, lorsque Mme de Solis, inquiète, rentra chez son fils pour lui demander: «Eh bien?»
—Eh bien, dit Solis, ce Richard est le plus loyal des hommes.
Et la marquise remarqua qu'à la flamme d'une bougie rouge allumée encore, Georges avait brûlé un papier dont les cendres flottaient autour du bougeoir, comme des ailes noires de papillons consumés....
[XII]
Après M. de Solis, Richard Norton voulait voir Sylvia. Son parti était pris depuis la veille. Il avait trop aimé cette femme pour en devenir le bourreau et, puisque les prescriptions du docteur Fargeas étaient formelles, il laisserait Sylvia en France. Seul il prendrait place sur la Normandie. Il voulait montrer à mistress Norton combien il l'aimait.