Elle tressaillit.

Mais lui, froidement:

—Oh! rien n'est plus simple. Malheureuse avec moi, vous pouvez être heureuse une fois libre. Si je n'acceptais pas ce moyen, je serais un égoïste. Et je puis être un farouche, un violent... je ne suis pas un égoïste, Sylvia.

—Et c'est vous qui voulez....

—C'est moi. Je vous aime assez pour faire ce sacrifice. Voilà où m'a conduit la réflexion de cette nuit. Je ne vous dis point que je n'en souffre pas, mais peu importe! L'homme est fait pour souffrir!

—Mais si je n'acceptais pas, moi? dit-elle vivement.

Il leva les yeux sur elle, et très doucement:

—Pourquoi?... Par honneur, par reconnaissance ou par charité? Je pourrais me laisser prendre à votre dévouement, je ne tarderais pas à m'en repentir en voyant que vous le regrettez! Non! Je vous ai dit que ce que j'ai résolu de faire, je le fais! J'ai dans ma vie âpre et rude, mais dont je ne me plains pas, accompli tout ce que j'ai voulu... tout... excepté d'être aimé.... Il dépend de moi, du moins, de vous prouver que j'étais digne de vous!... Et vous jugerez lequel est le plus grand de l'amour qui désire ou de celui qui se sacrifie!

—Votre volonté est-elle un ordre? demanda Sylvia après un moment de réflexion.

—Un ordre, répondit-il. Oui, un ordre. Le dernier. Le sort a voulu que la joie d'avoir un enfant nous fût refusée. J'avais souvent compté, pour vous ramener à moi, sur la douce voix d'un cher petit être.... Non! Tout est bien! Le divorce n'est douloureux que lorsqu'il frappe des innocents en séparant deux malheureux. Les enfants ont tout à y perdre.... Nous sommes libres.... Je n'aurais ni le droit ni le courage de briser notre union si, entre nous deux, un pauvre enfant fût là pour souffrir!