Elle se rappelait les paroles de Georges, elle se disait qu'elle les avait entendues, écoutées avec une volupté secrète. Elle avait presque envie de crier qu'elle était coupable. Et c'était Norton qui demandait qu'on lui pardonnât!

—J'espère, Sylvia, que vous oublierez cette heure de colère en faveur des années d'affection et de respect que je vous avais voués. Je ne me consolerais jamais de vous laisser un autre souvenir que celui d'un homme que vous respectiez si vous ne l'avez pas aimé!

—Un souvenir? Comment? Que voulez-vous dire?

Elle devinait que le mot suprême d'un tel entretien n'avait pas encore été prononcé et elle l'attendait, anxieuse, presque effrayée.

—C'est tout simple, dit Norton, résolu.

Et répétant avec une sorte d'insistance, comme s'il eût pris plaisir à se faire souffrir lui-même:

—Vous ne m'aimez pas, vous ne m'aimerez jamais. L'existence que je vous ai faite, en dépit de ma bonne volonté et de mon affection, vous tue. L'union qu'avait souhaitée votre père et que vous aviez acceptée est devenue une prison. La loi vous donne un moyen d'en sortir.

—La loi? balbutia Sylvia.

Norton laissa tomber enfin le mot:

—Oui. Le divorce.