Il l'interrompit vivement:
—Oh! Si je n'en suis plus à la colère, nous n'en sommes plus à la politesse. Vous avez obéi à votre père en m'épousant... mais, en m'épousant, votre cœur allait probablement à un autre!
Elle leva les yeux sur le clair regard de Norton et répondit avec l'accent sincère et franc d'une honnête femme:
—En vous épousant, je ne songeais plus à personne, espérant bien que ma vie nouvelle ne me ferait jamais rien regretter et certaine de tenir toujours, loyalement, le serment que je prêtais!
—Oui, dit Norton.
Et comme si du fond du passé une voix lointaine, une voix ironiquement cruelle eût répétée pour lui le serment d'autrefois, il le redit aussi, lentement, avec quelque chose de brisé dans la parole, ce serment prêté sous la cloche fleurie, la cloche de roses: «Je jure de rester fidèle à celui que je prends dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, dans la santé comme dans la maladie, dans la pauvreté comme dans la richesse.»
Puis, résumant:—Ce serment, vous l'avez tenu, Sylvia. J'ai été indigne de moi, indigne de vous, en vous accusant. Et moi, qui jurais de vous donner le bonheur absolu, mon serment, moi, je ne l'ai pas tenu, je n'ai pas su le tenir!...
Sylvia ne comprenait plus, mais toute sa bonne foi se révoltait d'instinct contre l'accusation que cet homme loyal portait contre lui-même. Elle eut encore, comme pour protester, un élan qu'il réprima bien vite, continuant son espèce de confession d'un ton froid, ferme, attristé:
—Dieu m'est témoin que j'ai tout essayé pour que vous fussiez heureuse, vraiment, absolument heureuse! Je n'avais d'autre ambition que celle-là. Je savais très bien que je n'étais pas un héros de roman, et que l'existence que je vous offrais était, pour une nature comme la vôtre, un peu trop monotone, un peu trop sévère. Que voulez-vous? J'ai tant de choses en tête. Des grappes d'hommes que je tire après moi et qu'il faut vivre. Et puis je me sentais pour vous un tel dévouement que j'espérais que vous ne regretteriez rien du passé. Je m'étais trompé. Je suis trop violent, je suis trop brusque. Je n'ai pas su prendre possession de ce cœur que j'aurais voulu tout à moi. Je vous voyais—avec quel désespoir!—devenir pâle, vous attrister chaque jour davantage, et quand j'ai appris ici, dans ce pays où j'espérais que vous retrouveriez la santé et où vous avez retrouvé... quoi? tout ce que vous regrettiez... quand j'ai appris que ce qui vous navrait et vous accablait ainsi c'était le souvenir d'un amour mort... mort, non pas, mais endormi... alors je n'ai pas été maître de moi. Tout mon amour, à moi, s'est révolté, les paroles de rage sont montées à mes lèvres comme des sanglots, et j'ai laissé échapper des mots irréparables peut-être, mais que je regrette jusqu'au fond de l'âme et dont je vous demande pardon.
—Pardon?... s'écria Sylvia. Vous! A moi?