—Et votre père? demanda Norton.

—Lui!... Ah! lui de dire qu'il dit: «Faut peut-être, qui sait? être malheureux pour s'aimer! Embrasse-moi, ma pauvre vieille, va!» Et quand je les vois qui ont comme ça les yeux mouillés, en se donnant la main, je me dis à mon tour: «Tout de même, si ça les réunissait, l'accident, tu ne serais pas mécontent, mon petit Francis!...» C'est si dur, allez, monsieur, mesdames, si dur, de voir que ceux qu'on aime ne s'entendent pas!

—Il faut peut-être être malheureux pour s'aimer! dit alors lentement Norton en répétant les paroles du marin.

Il pensait qu'il ne se croyait pas heureux, pourtant; non, pas heureux.... Mais, comme s'il eût peur, après l'odieux de la brutalité, d'avoir le ridicule de la sensibilité, il secoua la tête et demanda brusquement à l'enfant:

—Où est ta maison, mon garçon?

—Tout là-bas! sur le chemin de Tourgeville, dit-il en souriant à Éva. Mademoiselle en connaît bien le chemin!

—Et je vais t'y conduire, proposa miss Meredith.

—Non, je vais avec toi! dit Richard à Francis. J'ai à sortir.

Pendant que Sylvia, très troublée par ce que, dans son inconscience, l'enfant venait de remuer en elle de pensées, Éva disait à Norton:

—Comme tu es ému!