Et elle attendait la calomnie, comme un brave attendrait une balle, tête haute, avec un regard de défi, tandis que Bernière essayait, tout bas, en suppliant, de réduire la marquise au silence.

Mme de Solis n'écoutait pas son neveu.

—Eh bien, dit-elle, on prétend, on assure, répète... c'est tout un roman....

—Et un vilain roman!... interrompit Bernière.

—On raconte que M. Richard Norton a acheté des terres dans l'Ouest, je ne sais pas où, qu'on a creusé un puits sans y rencontrer une seule goutte d'huile minérale. Et voilà qu'un jour... miracle! La source jaillit! De l'huile! un lac! une fortune! Appel aux actionnaires! Voyons Paul, expliquez ce que vous avez entendu dire. Nous sommes là pour faire entendre la vérité!

—La vérité! la vérité! fit Bernière. Mais ce sont d'infâmes calomnies, ma tante!

—Évidemment, dit Mme de Solis.

—Voyons, ces calomnies, ordonna Sylvia.

Le vicomte fit un effort:

—Eh bien, donc, voilà.... Après l'appel aux intéressés, nomination d'une commission qui s'en va vérifier.... Elle interroge les puits...—Je vous répète ce que dit cet affreux New-Brooklyn Herald—Elle interroge: oui, c'est bien de l'huile minérale! Elle regarde, la commission, elle examine, elle en goûterait, de cette huile, au besoin!... Elle rapporte des échantillons. Distribution aux actionnaires....