Elle répéta, la lèvre hautaine:

—Son venin?...

—Oh! madame! Dont on ne devrait même pas s'occuper, dit Bernière.

Éva écoutait, croyant à quelque cauchemar pénible et se demandant quelle partie cruelle jouait la marquise. Avertie de n'avoir à s'étonner de rien, la jeune fille sentait cependant en elle toute sa fierté, son respect pour Norton se révolter, et il lui fallait faire, sur sa nature violente, un effort pour laisser Mme de Solis enfoncer plus avant une aiguille l'une après l'autre, en pleine chair.

—Je reconnais, du reste, disait la marquise, que mes compatriotes sont tout disposés à verser un peu de vitriol sur la plaie! Les reporters parisiens vont s'en mêler! Je prévois des interviews! Mais, dans le cas présent, ce sont les Américains—vos Américains, ma chère Éva—qui me semblent déployer le plus d'activité... d'activité acide, empoisonnée, contre M. Norton.

—Contre lui? Il ne leur a fait que du bien! dit miss Meredith.

M. de Bernière répliqua:

—C'est pour ça!

—Oui, continua Mme de Solis, c'est peut-être pour ça qu'on prétend, par exemple—et c'est le bruit que je viens vous signaler, vous dénoncer, en amie—on prétend... il faut absolument faire cesser cette calomnie... on prétend... mais, en vérité, je n'ose, malgré votre permission....

—Je vous en priais, madame; maintenant je l'exige, dit nettement Sylvia. On prétend....