Paul de Bernière fit alors quelques pas vers la porte.

—Je me retire. Je vous demande pardon....

Mais ce fut Éva qui le retint fièrement:

—Non, non! dit-elle. Il n'y a pas un seul secret dans la maison de Richard Norton que tout le monde ne puisse entendre!

—Eh bien! répliqua Mme de Solis, cette séparation.... M. Cadogan va venir.... Oui, je tiens de lui la nouvelle... il apportera l'acte de divorce.

—Un divorce?

Éva regarda Sylvia, cherchant, de ses yeux enfiévrés, les prunelles de la jeune femme.

Et Sylvia restait muette.

—Tu ne réponds pas? dit Éva. C'est vrai cela? C'est possible? Ah! mon pauvre oncle!... Sylvia! Sylvia!

—Oh! il faut être juste, c'est M. Norton qui la veut, cette séparation, fit Mme de Solis, c'est lui. Mais mistress Norton a bien raison d'accepter, bien raison. D'abord et avant tout dans la vie notre bonheur à nous, notre destinée à nous! Il souffrira peut-être, lui, mais est-ce que vous ne souffrez pas, et depuis des années, ma chère Sylvia? Il est attristé, il est malheureux, mais, le malheur, nous savons tous le supporter, je pense? Surtout quand il atteint les autres! Soyez raisonnable, miss Meredith: mistress Norton est jeune! Elle peut être libre; elle serait bien sotte de ne pas vivre de la vie qu'elle a souhaitée, sans s'inquiéter de celui dont elle a porté le nom. «Qu'est-ce qu'un nom? A peine un souvenir.»