—Procédure toute simple, madame. Le seul fait de vivre à Paris, vous, tandis que M. Norton habitera New-York, entraîne le droit de divorce après une année.
Mme de Solis et Bernière se tenaient dans un coin, attendant, spectateurs d'un drame, tandis qu'Éva s'approchait comme suppliante, de Sylvia, qui, debout, l'œil fixe, semblait hypnotisée par quelque chose d'invisible ou de lointain, là-bas, vers la mer.
Puis, dans ce silence, devinant ce qui se passait, Mme Montgomery entrait et, contrairement à ses allures de tourbillon, se glissait à pas furtifs comme dans une chambre d'agonie.
Et Norton, impassible, la voix un peu altérée pourtant, disait à Sylvia changée en statue:
—Un an! Vous entendez? Vous avez une année à attendre pour être libre! Mais demain j'aurai disparu de votre existence. Je veux qu'on sache bien, du reste, madame—et je le dis ici tout haut, comme devant un tribunal—je veux qu'on sache que si l'un de nous deux est coupable de n'avoir pas su assurer le bonheur de l'autre, ce n'est pas vous, que je respecte et que j'honorerai toujours, c'est moi!
—Richard! s'écria Éva en prenant la main de Norton comme pour l'empêcher de continuer.
Il repoussa légèrement la jeune fille.
—Laisse-moi, dit-il.
Il regardait Sylvia et il lui semblait que, sur les lèvres de la jeune femme, le mot de tout à l'heure revenait: Libre!
—Votre nom là, madame! dit le mari en désignant sur le papier la place qui attendait le nom de Sylvia; vous n'avez qu'à mettre votre signature là... et cette liberté de vivre selon vos vœux que votre union avec moi vous enlevait vous est rendue!