—Son mari? fit Georges, étonné.

—Oui, son mari. Oh! parbleu, elle ne lui a pas raconté que tu voulais fuir, car je suis certaine que tu voulais fuir. Tu avais, très visibles pour moi, les symptômes d'une certaine fièvre particulière, celle de l'enlèvement. Elle ne lui a rien dit de cela. Non. Mais voilà: sur ces entrefaites Norton a été indignement attaqué, calomnié. On l'a dit ruiné. On a dit pis que cela. Et il paraît qu'au fond de l'âme exquise de cœur de mistress Norton il y avait encore un peu de tendresse pour ce très brave et galant homme, qui est ton ami. Le vent de tempête a soufflé là-dessus, rallumé ce qui était éteint et....

—Et... dit Georges, anxieux.

La marquise s'interrompit:

—Je te fais de la peine. Mais si tu savais quelle joie une honnête femme éprouve à savoir que les femmes honnêtes ne sont pas rares, quoi qu'on dise!... J'en sais même qui sont encore des honnêtes filles et que je trouve délicieuses.... Sans aller bien loin, miss Éva....

Georges de Solis avait fait un mouvement de dépit qui ne contraria pas trop Mme de Solis.

Éva! Le nom, se disait-elle, n'était donc pas indifférent au marquis?

—Bref, conclut la marquise, mistress Norton partira un de ces matins pour New-York.

—Avec lui? dit M. de Solis.

—Qu'y a-t-il d'étonnant à cela? Oui, elle partira. Oh! à moins que Norton ne reste à Paris, ce qui est encore possible, ou que le docteur Fargeas n'envoie les Norton aux Pyrénées, avant de les laisser reprendre le paquebot, ce qui est probable. Mais si je vois le cher maître, je lui dirai que toutes ses pilules de valériane ne valent pas ma cure à moi.