—D'autant plus, qu'en Amérique, la dot n'existe pas, ce qui enlève au mariage je ne sais quelle odeur d'argent, qu'il garde un peu beaucoup dans votre France.... Vous avouerez que, pour un peuple de négociants, ce dédain des bank-notes ne manque pas d'une certaine tournure.

Solis était, un moment, demeuré sans répondre, regardant sur la cheminée une étrange pendule, dont le balancier était un pilon d'acier.

—Je ne songe pas du tout, fit-il, l'œil toujours fixé sur ce balancier, mais pas du tout, à critiquer vos mœurs ou vos jeunes filles, en vous disant que je n'épouserai point une Américaine... pas plus que je n'entends parler d'un marché, quand je prononce ce vilain mot: «Une affaire.» Je dis seulement que, lorsqu'on n'a pas épousé celle qu'on devait aimer, il faut peut-être laisser au hasard le soin de nous faire aimer celle qu'on épousera!

—Ah! par exemple! Voilà une jolie théorie! dit Norton, riant un peu.

—Ce n'est pas une théorie, c'est une des mille nécessités où nous réduit la vie actuelle, telle qu'elle est faite!... Vous avez—vous—et le marquis parlait lentement, risquait ses paroles une à une, comme un homme marcherait avec précaution, pas à pas, sur quelque étang gelé—vous avez la chance, sans nul doute, Norton, d'avoir fait un mariage d'amour....

Il affectait de regarder la mer, au loin, par le window entr'ouvert, mais ses yeux épiaient le visage de Norton.

—J'adorais la jeune fille à qui j'ai demandé sa main! répondit l'Américain, très gravement.

Solis riposta, la voix haute:

—Moi, j'ai adoré une femme exquise, à qui je n'ai pas osé dire que je l'aimais!

—Je vous répéterai encore: Pourquoi?