—Et vous avez raison, Solis! Deux amoureux! Et c'est peut-être cet amour-là qui ne trompe jamais! J'aurai l'honneur de faire visite à Mme votre mère demain, et je la remercierai de vous avoir laissé venir à nous un moment, ce soir.

Le marquis retrouvait, dans l'accent que mettait Norton à ces paroles, une amertume plus cruelle encore que tout à l'heure, et, de ses yeux clairs, il interrogeait son ami comme pour deviner la pensée attristée de Richard.

Mais le domestique frappait à la porte et, sur un mot de Norton, se montrait bientôt, restant sur le seuil.

—Madame?... dit l'Américain.

Madame était encore absente, Mlle Meredith rentrait à l'instant, mais seule; Mlle Meredith venait, du reste, en avertir M. Norton.

—Et bien! dit Richard avec cette gaieté brusque et mâle qui coupait lestement ses très rares moments de mélancolie, mon cher Solis, vous allez toujours voir ma nièce!

Et le domestique s'étant éloigné:

—Ah! cher, vous parlez de mariage!... La jeune fille rêvée, mon ami, idéale, bonne comme le pain, loyale comme sa parole, c'est ma nièce?... Si elle n'était pas Américaine, elle ferait absolument votre affaire!

Norton allait continuer. Il s'arrêta. Une voix claire, gaie, sans accès, chantante et caressante, disait au seuil de la porte:

—Suis-je indiscrète?