—Pas un mot, sans aucun doute, je vous le promets.
L'Américain avait, tout en parlant, poussé le bouton d'ivoire d'un timbre électrique.
—Voyez si madame est rentrée, dit-il à un valet qui parut rapidement et s'inclina pour toute réponse.
Solis était debout, regardant Norton dont la stature haute se détachait sur l'horizon, le ciel clair, la mer dont le bruissement montait au loin.
Il se demandait encore pourquoi il était venu et s'il ne devait pas dès à présent s'enfuir, ne plus reparaître. Dans quelques minutes, il allait revoir Sylvia! Ce laquais, dont le pas craquait dans l'antichambre, allait prévenir mistress Norton! Solis allait se retrouver devant elle! Et cette entrevue, après des années, le mari allait y assister, elle aurait lieu tout à l'heure.
Maintenant, un silence tombait entre ces deux êtres qui venaient d'éprouver la joie de se revoir; et la conversation, un moment auparavant intime et pleine de confidences, versait dans la banalité comme si, brusquement, les amis n'eussent plus eu rien à se dire:
—Ah! mon cher Solis, vous nous ferez bien l'amitié d'assister, ce soir, à un petit concert que donne mistress Norton.... Vous verrez là la belle miss Dickson et Mlle Offenburger, qui est adorable aussi.... Oh! on fait ici de très bonne musique, je vous assure.... Tous les Américains ne jouent pas du Mozart sur des pincettes.... Ma femme est excellente musicienne et le programme est très choisi. Je sais bien que vous ne viendriez pas pour le programme. Madame votre mère me ferait-elle la grâce de vous accompagner?... Je vous demande pardon de cette invitation soudaine, mais je ne vous savais pas à Trouville, c'est mon excuse.
—Je serai enchanté de venir ce soir, quoique je sois un peu sauvage, dit le marquis. Quant à ma mère, n'y comptez pas.... Elle n'aime point le monde.... Et je ne suis pas bien sûr qu'elle vous pardonne de lui avoir pris son fils même pour un soir!
—Alors, à sept heures, mon cher Solis!
—Non, je ne dînerai pas, je viendrai plus tard. J'ai promis à la chère femme de la quitter le moins possible, pendant tout le premier mois de mon retour, et je dîne avec elle toute seule.... Oui, nous sommes là, en tête à tête, en petit cabinet, comme deux amoureux.