—Heu! heu! fit le jeune homme, l'air profondément ennuyé, revenu de tout. Des délassements? Quelquefois!
—Rarement, je le sais bien, accentua le docteur. Mais des passions, non! Vous voyez bien vous-même.... Vous dites: «Heu! heu!» Une passion, mais cela vous prend corps et âme, vous tient, vous tord, vous absorbe, vous tue lentement et pourtant vous fait vivre!... J'ai connu deux hommes seulement qui avaient eu ce qu'on appelle une passion, mais une vraie, une absolue passion! L'un était un brave garçon qui cherchait le moyen d'abolir la misère.... Il est mort fou! L'autre était un vieux sculpteur raté qui passa sa vie à sculpter des noix de coco, certain de tailler là-dedans un chef-d'œuvre.... Il est mort idiot!... Et ce n'est pas plus bête de s'affoler pour un beau rêve ou de s'abrutir sur un pareil travail que de perdre sa vie pour une femme!
Bernière écoutait Fargeas en souriant, comme il eût prêté l'oreille à un air de bravoure ou à une conférence; mais il n'en semblait pas fort ému.
Il répondit de sa voix lente et lassée:
—Mon cousin Solis est cependant là, docteur, pour vous prouver qu'il peut y avoir d'autres passions que celle des noix de coco!
—Comment?
—Dame! une noble passion: celle des voyages.
—Et vous voyez bien que M. de Solis ne l'éprouvait pas complètement... entièrement... jusqu'à en mourir, la passion des voyages, puisqu'il est revenu!
—C'est qu'on se lasse de tout, docteur! répondit le marquis de Solis qui, machinalement, traçait sur le sable de la plage, une carte quelconque, chimérique, sans doute.
Le docteur Fargeas eut presque un éclat de rire triomphant: