—Eh bien! seules en ont d'aussi jolies les filles de rhumatisants. C'est comme ça! Mme Norton donc? Vraiment souffrante! dit le docteur, qui, tout en se dirigeant vers la porte, regardait Sylvia du coin de l'œil.
—Pas imaginaire? fit Montgomery.
—Eh! eh! L'imagination joue peut-être aussi son rôle dans cette souffrance-là.... L'imagination... ou le souvenir!
—Pauvre Norton! murmura l'Américain, il l'aime tant!
—Oh! aucun danger! Dieu merci! Bonsoir! dit Fargeas.
Et il se retira vivement, à l'anglaise.
La soirée d'ailleurs s'avançait. Et depuis l'arrivée de Georges, une sorte de contrainte particulière emplissait le salon, planait sur les invités de Norton. Miss Arabella ne jouait plus, et dans un coin, entourée de son père et de sa mère, qui lui parlaient tout bas, elle promenait, dédaigneuse, ses regards alanguis sur le marquis et sur Bernière, rapprochés l'un de l'autre et causant avec Éva. Le gros Offenburger éprouvait la tentation de faire un tour au Casino, et Mme Montgomery, devinant que Sylvia avait besoin d'être seule, entraînait doucement son mari vers la porte.
—Nous arriverons encore pour la petite pièce! On joue une comédie au Casino! Allons, vite!... Une pièce inédite.
—Je l'aimerais mieux pas inédite, répondait Montgomery. Il y aurait plus de chance pour qu'elle fût bonne!