Il se laissait d'ailleurs emmener, et Liliane, en passant, serrait, d'une pression nerveuse, la main de Sylvia, comme pour lui dire: «Du courage!» ou: «Prenez garde!»
Norton paraissait inquiet, songeur, du moins, depuis un moment. Il lui semblait que Solis, maintenant, devant mistress Norton, était gêné, restait silencieux. Quelque chose de vague entrait involontairement dans son esprit, la perception indistincte, magnétique, d'une situation inquiétante. De forme, d'appellation même, ce sentiment, cette impression n'en avait aucune. C'était quelque chose d'innommé et d'irraisonné; mais, évidemment, l'arrivée de Solis avait provoqué là—peut-être par hasard—une émotion inattendue.
Et pourquoi, pourquoi invinciblement ces mots du marquis, jetés dans la conversation avec son ami, revenaient-ils maintenant à la mémoire de Norton: «Je n'épouserai jamais une Américaine!»
Pourquoi?
—Soit, pensait Richard, qui ne s'attardait pas volontiers aux rêveries, nous verrons bien!
Jusqu'au moment du départ, Solis n'échangea avec Sylvia que des paroles assez banales, et, d'ailleurs, avec une sorte d'insistance presque indiscrète, le colonel Dickson, laissant là sa fille, se mêlait à la conversation.
Offenburger voulant se retirer et Mme Norton paraissant souffrante, la soirée ne pouvait pas se prolonger bien tard. Georges s'excusa, demanda à prendre congé, dès qu'il vit le salon se vider. Lui aussi éprouvait une sorte d'oppression, un besoin de fuir, de respirer à l'aise.
—A bientôt, lui dit Norton.
—A bientôt.
—Et j'aurai l'honneur de voir Mme de Solis. Présentez-lui tous mes respects!