Fernand passa dans la pièce à côté, la salle de rédaction, où une demi-douzaine de pauvres diables, penchés sur des pupitres ou des tables, écrivaient tout en fumant. Il y en avait de vieux et de jeunes, tous de costume médiocre, qui regardèrent Fernand Terral sans curiosité, presque avec dédain. Rien dans cette pièce qui dénotât quelque chose de littéraire (et, certes, le contraire eût été étonnant). A peine, aux murailles, quelques charges du Gaulois ou du Diogène, Alphonse Karr déguisé en guêpe, par Hadol; Paulin Ménier, dans le Courrier de Lyon, par Durandeau, des lithographies de Carjat, des dessins, tout ce qui survit de ces pauvres diables de petits journaux fulminants au début, puis éteints tout à coup comme des feux d'artifice qui ne durent pas et dont il ne reste que la carcasse. Il y avait aussi sur une table recouverte d'un tapis vert des journaux amoncelés, la plupart découpés au ciseau, écrémés par le «correspondancier» chargé de faire la cuisine. Dans un coin, auprès d'un poële, cinq ou six lampes à tringles attendaient le soir pour éclairer ces malheureux faisant encore, et toujours de la copie.
—Asseyez-vous donc, monsieur Terral, dit Matouchard.
A ce nom, il y eut plus d'un regard fixé sur Fernand, qui soutint le feu, s'assit élégamment et alluma un cigare à l'allumette que lui tendait Matouchard.
—Avez-vous des nouvelles de M. de Bruand? demanda Matouchard.
—Oui. Il va mieux.
—Ah! ah!... Joli coup, le vôtre, à ce qu'il paraît. Voyons, contez-nous la chose, et vous autres, écoutez. Il ne faut pas rater ça. C'est tout ce qu'il y a aujourd'hui. C'est vrai, calme plat. Jusqu'à la session, ne me parlez pas de correspondance... un métier de chien!
—De chien de Bruxelles! dit un des porions littéraires.
Fernand conta dans tous ses détails l'affaire de la veille. Il se tailla un rôle à la fois romanesque et digne. Il savait trop bien que tout allait être répété.
—Bravo! bravo! disait Matouchard.
Il tira sa montre.