—Oui, mon cher, dit-il, je suis au comble de mes vœux, et tu sais si ces diables de vœux étaient gigantesques. Je suis riche et je suis aimé. Le louis et la femme,—les deux pommes d'or à cueillir. Les voilà cueillies et je les croque. Et chose bizarre, mon ami, je dois tout cela à ce duel.

—Quel duel? demanda Bourdenois.

—Comment, quel duel?

Terral posa sur son assiette la fourchette qu'il portait à sa bouche et regarda son ami d'un air stupéfait.

—Tu ne sais pas l'histoire de mon duel?

—Tu t'es battu?

—Tu ne lis donc pas les journaux?

—Mon ami, dit Bourdenois, tu m'excuseras; je vis comme un ours, dans mon atelier. Je ne sais rien, je ne lis rien. J'attends et je travaille.

Terral contraint de s'avouer que sa renommée n'avait pas franchi certaines frontières, parut un peu vexé un moment, mais il s'en consola bien vite en racontant l'aventure. Bourdenois écoutait de l'air d'un homme qui songe à autre chose et qui n'a pas grande attention à accorder aux malheurs d'autrui.

Lorsque Fernand eut achevé, Bourdenois le félicita modérément, et il se fit un silence.