Il revint. Cachemire couchée, dormait,—à quatre heures.

—Madame a dit que personne... commença la femme de chambre.

—Je sais, fit Terral, mais j'entre.

Il poussa brusquement la porte de la chambre.

Les rideaux étaient tirés; les gais rayons de soleil, arrêtés au passage, filtraient à peine de petits jets de lumière, semblables à des égratignures, qui se fichaient tout droit, comme des flèches, sur le tapis blanc à fleurs pâles.

Le lit, aux grands rideaux de guipure soutenus par des rubans roses, se dessinait vaguement, comme une blancheur, dans la pénombre. Il y avait réellement quelque chose de candide et de virginal dans cette chambre où l'on n'entendait maintenant que la respiration un peu oppressée de celle qui dormait.

Terral s'approcha du lit.

Il s'était habitué à l'obscurité, à cette obscurité sourde des appartements qui confisquent la nuit pendant le jour. Il regarda Cachemire, elle était étendue, la tête appuyée sur son bras droit dont la main pendait et elle reposait, la bouche entr'ouverte. Ses cheveux noirs, dénoués, s'étaient répandus sur son front, et ruisselaient sur la dentelle de l'oreiller. Les paupières alourdies semblaient baissées sur les yeux battus comme par une main de plomb. Il y avait sur ce visage aux lignes pures quelque chose comme de la fatigue, la fatigue lente à secouer des lendemains du plaisir.

Terral examina un moment Cachemire, puis il alla à la fenêtre, tira brusquement les rideaux sur leur tringle, souleva l'espagnolette, poussa les volets et fit, dans l'ombre parfumée de la chambre à coucher, comme une trouée de lumière.

Cachemire n'avait rien entendu. Elle n'avait pas bougé.