Des gens qui ne se sont pas rencontrés depuis un an, se reconnaissent. Les élégantes en voiture découverte, recueillent à droite et à gauche les saluts, les sourires.
Elles distribuent des poignées de mains, se font présenter de nouveaux soupirants par les anciens, ébauchent des romans aux dénouements faciles. Entre deux courses, on a le temps de signer un pacte qui coûte bien peu à celle-ci, et fort cher à celui-là.
On parie, on joue. Cette prairie est aussi un tapis vert.
Quand les jockeys partent, un grand frisson parcourt la foule. Il y a des cris quand on hisse au poteau la couleur du vainqueur. Les chapeaux s'agitent, et l'on pousse des hurrahs, mais l'enthousiasme hippique n'est qu'une parodie des courses anglaises. La course à cheval est à la mode, comme demain peut-être, le seront les courses de taureaux. Si la chose arrive, nous verrons éclore une race d'aficionados comme nous avons vu naître un clan de gentlemen riders. Tout est bien.
Prétexte à tapage, à retour bruyant, à champagne débouché, à saluts échangés avec mademoiselle Trois-Étoiles, à paris, à voile vert, à déjeuner sur la pelouse, à souper le soir et la nuit, voilà les courses. Quelques-uns seuls savent le nom du cheval qui court; tous trépignent comme secoués par une ardeur de jockey. Les crieuses d'amour seules ont la franchise de se rendre là, maquillées, plâtrées, charmantes de provocation, comme à un étal.
Cachemire avait emmené avec elle Flore Hardy, une de ses camarades de théâtre.
La pauvre Flore, servant de repoussoir à son amie, voyait les soupirants, non, les hennissants, assiéger la voiture de Cachemire; elle entendait les propos échangés, les caresses de la voix, les plaisanteries plus qu'équivoques, applaudies par ceux qui les risquaient et par celle qui les recueillait,—et de tout ce bouquet amoureux, elle ne recevait pas même une feuille.
Flore trouvait maintenant, dans son for intérieur, que Cachemire était une poseuse.
Elle regrettait d'être venue.
Cachemire, accoudée sur les coussins de sa voiture, répondait à tous, caquetait, montrait ses dents blanches et ses petites mains moulées par ses gants. Elle jouait de l'éventail, et respirait de temps à autre un gros tas de violettes du pôle qu'elle avait sur ses genoux.