—Je ne boude pas, fit Suzanne... Mais pourquoi penser que je pouvais me quereller avec ta sœur? Vous ai-je habitués jamais à des mauvaises humeurs? Lors même que j'ai à parler, je me tais!
—Ah! tiens, voilà une bonne parole! C'est à moi qu'elle s'adresse? Pourquoi donc se taire, quand on a quelque chose à se dire? As-tu quelque raison de te plaindre de moi?... C'est possible. A parler franchement, je ne suis plus ton fait. On se lasse de tout, tu me diras; j'ai fait mon temps. A un autre! C'est ça que tu penses, hein?
—Si j'étais menteuse, pourtant......, fit Suzanne en hochant la tête.
—Je te rends justice. Tu es franche. On t'ennuie, tu le dis. Pauvre fille, va! Tu crois être heureuse? Avec une tête comme la tienne, changeante, jamais satisfaite, on se lasse de tout et toujours. Tu crois que les châles de l'Inde font le bonheur, je parie? Va voir rue de Bréda si j'y suis. Tu es libre! Mais note bien que le fricot chez nous t'aurait aussi bien nourrie que le homard là-bas. Ça te regarde. J'ai fait ce que j'ai pu pour t'attacher à moi. Je t'aimais, mais, là, vraiment. En travaillant on aurait fait bouillir la marmite, et on ne reste pas toujours imprimeur, n'est-ce pas? Enfin, soit! Mais ne reviens jamais te plaindre.
—Après tout, dit Suzanne, est-ce ma faute si je ne suis pas née grisette?
—Une bonne excuse, parlons-en. Tu te crois faite pour le luxe? Parbleu! tu es jolie. La soie te va bien. Un chapeau à plumes fait plus d'esbrouffe qu'un bonnet. Mais il y en a tant d'autres comme toi; et toutes ne réussissent pas. Mieux encore valait servir la pratique chez ton père ou recoudre mes boutons, va. C'est plus ennuyeux, mais c'est plus sûr.
—C'est possible dit Suzanne en se levant et en mettant son chapeau.
—Tu sors?
—Oui.
—Moi, j'ai mon après-midi, je tiendrai compagnie à Victoire!