Pendant ce temps, madame Labarbade transformait doucement son genre de vie. Elle était allée, un matin, chez un photographe. L'envie de son portrait la démangeait. Le photographe,—Photographie de l'Étoile, au rabais, boulevard Sébastopol,—était un loustic, fruit sec de l'atelier de Bouguereau, qui eut, avec maman Anaïs, le petit mot pour rire.
—A la bonne heure, disait madame Labarbade, voilà ce que j'appelle un photographe charmant! Je vous enverrai des pratiques.
—Inutile, répondait l'autre. Vous me rendriez beaucoup plus heureux en venant plus souvent vous-même.
—Voyez-vous ça... Lovelace!...
—Eh! eh! Lovelace a croqué des pommes moins appétissantes que vous!
Madame Labarbade était enchantée. Elle aspirait cet encens avec un sourire olympien.
Quand elle s'éloigna, elle lança au photographe une œillade qu'il ne dut pas oublier.
Il s'appelait Firmin Monséchard.
—Firmin! Quel joli nom! se disait madame Labarbade. Firmin!
Elle le gardait dans sa bouche, comme un bonbon fondant. Ce Monséchard, avec ses vingt-huit ans, ses cheveux longs et gras, son bagout de rapin l'avait bouleversée. Elle songeait à l'épouser. Mais elle se ravisa en pensant aux lendemains du mariage. N'importe. Maman Anaïs était sur une pente glissante, et Firmin Monséchard ne lui sortait pas du cerveau. «Lovelace en a croqué de moins appétissantes!» Tout le jour, cette phrase se modulait à son oreille ou sautillait devant ses yeux. Il fallut retourner à la photographie pour voir l'épreuve dans le baquet, et l'épreuve séchant dans l'atelier, et le portrait collé sur le carton. Madame Labarbade n'était pas assez stoïque pour résister à tant d'assauts. Puis la chair est faible. Et c'est ainsi que pendant que Cachemire tentait à Bade la fortune, accompagnée de René de Navailles, maman Anaïs cédait aux sollicitations d'un photographe, et commanditait de deux mille francs ce fond de portraitiste,—car Firmin Monséchard était bien insinuant et le commerce de la photographie va si mal!