A Bade, Cachemire avait trouvé le pays de son rêve. Une ville petite, proprette et gaie, où le plaisir est roi, la fantaisie souveraine, l'imprévu demi-dieu. Le bruit de l'or, le tapis vert, la promenade sous les sapins, les courses dans la forêt avec des voitures jaunes et des cochers en veste rose, le défilé devant la Conversation, la musique autrichienne, les verroteries, les sculptures, les curiosités de la Forêt-Noire, une foire de Saint-Cloud perpétuelle, mais plus élégante, plus surprenante et plus folle. Le soir, le théâtre, la musique, Paris, Paris partout, le Paris du bruit, des fêtes et du plaisir. Elle saluait cent figures de connaissance en une heure. Elle était au diable, libre, et pourtant elle n'avait pas quitté la rue Taitbout. Olivier Renaud était là, Antonia était là, le petit Barberino était là, M. Gontran de Rives était là.

Elle lui avait même parlé.

—Eh bien! qu'est-ce que vous devenez?

—Moi? Je me range, que voulez-vous! Vous croyez que je suis à Bade pour jouer, je parie? Non. Tout simplement pour prendre des bains de bourgeons de sapin. Hôtel à la Cour de Darmstadt. C'est bête comme tout. Mais c'est comme ça. Et croyez-vous, ma chère amie, que l'hydrotérapie me réussit mieux que le souper. C'est un fait.

—Mais vous devenez lugubre, alors!

—Pas tant que ça. Je songe à me marier, voilà tout. Les petits marmots! Ah! les marmots! Je souhaite que vous en trouviez un, un jour, sous un chou. Vous verrez. Adieu. Et bonne chance!

—Il est niais, ce de Rives, avait-elle dit.

—Un poseur, avait ajouté M. de Navailles.

Deux pas plus loin, ils rencontrèrent Olivier Renaud, riant beaucoup.

—Vous êtes gai, fit Cachemire.