—Six louis!
Il gagna encore. Il passa sept fois, gagnant toujours.
Il avait devant lui un tas d'or, trois mille huit cent quarante francs, gagnés en deux minutes. Il passa la main, ramassa son gain et revint à la fenêtre.
Il regardait les boulevards, noirs, le ciel pluvieux, les lanternes des voitures qui se croisaient, les passants de plus en plus rares avec des parapluies.
—Allons, dit-il gaiement, ce ne sera pas le soleil, ce sera la pluie d'Austerlitz...
Il se remit à la table de jeu, tint une mise considérable, mais perdit cette fois, perdit toujours. Il n'eut plus rien bientôt et demeura debout contre la table, regardant les cartes, l'or, les joueurs, le tapis,—pétrifié. Il lui semblait que c'était un rêve. Quoi, plus rien? Rien. Eh! bien, il allait emprunter à quelqu'un des convives, là, sur-le-champ. Mais il n'osait pas. Il avait honte. Le jeu commençait à peine; avouer qu'il était décavé, impossible. Alors il se prit à regarder, il examina les joueurs, il s'efforçait de s'intéresser à la partie, il se grisait avec le bruit de l'or, il se disait: «Je vais gagner. Tout à l'heure. Patience!»
Ses yeux s'arrêtaient surtout, machinalement, sur M. Paul de Rieux, qui lui faisait face, souriant toujours. M. de Rieux avait à l'annulaire gauche des diamants qui jetaient des étincelles de lumière électrique. Terral regardait ces diamants. Il les vit soudain disparaître, il vit les mains de M. de Rieux se perdre dans les basques de l'habit et, rapidement, faire passer dans la manche gauche du vêtement, un jeu de cartes.
Terral recula. Si rapidement que le tour eût été exécuté, il avait tout vu.
Il attendit.
Deux minutes après, M. de Rieux prenait la main.